I’m the Lucky one

Fatigué de la foire aux vanités et qu’un peu c’est déjà bien assez j’ai eu un satori à Paris, une épiphanie entre Temple et République à six heures et demie, je me suis dit que je n’avais pas envie de sortir ce soir. Tant pis j’aurais menti à Arnaud en course pour être la meilleure Romy Schneider ( même si pour moi il est déjà la meilleure Jodie Foster…comprend qui peut…moi perso je peux pas). Non j’ai décidé de m’occuper de moi alors avant de m’engouffrer dans le métro je me suis inscrit à la salle de gym et bien que ça n’ait pris qu’un quart d’heure, la meilleure partie m’a occupé toute la soirée, la meilleure partie étant bien sûr de composer la playlist sur l’ipod pour accompagner mes exercices car une bonne playlist ne sauve pas que des soirées, elle permet aussi de ne rien sentir quand on court depuis 30 minutes sur des moignons après que vos chevilles se soient désolidarisées de vos jambes.
Hier soir en rentrant à la maison, je racontais à Serge comment 23 ans plus tard en vidant la maison j’ai trouvé une lettre que mon père m’avait adressée mais jamais envoyée alors qu’il était à l’hôpital où il devait par la suite être tué ( je choisis mes mots avec attention). Bien sûr j’ai pleuré comme une madeleine en lisant et aujourd’hui je la connais par coeur même si je l’ai remise à sa place après plusieurs lectures car il ne faut pas s’attacher à des objets cependant elle finissait en disant ” Prends bien soin de toi mon petit Filou”. Quand il est n’a plus été là, du haut de mes 6 ans j’ai déclaré à tout le monde que comme je ne dirais plus jamais le mot papa de ma vie alors personne ne m’appellerait plus non plus Filou. Plusieurs fois mes amoureux, mes amis ont sans le savoir utilisé ce petit nom pour moi et à chaque fois j’ai dit non. J’ai repensé à ce “Prends soin de toi” toute la nuit ensuite, ma tête me grattait, j’avais les cheveux dégueulasses alors je me suis levé sans faire de bruit pour ne pas réveiller Serge. Je me disais qu’il fallait effectivement que je prenne soin de moi alors que je me shampooinais. Quand je vois aujourd’hui ma mère debout, parler, faire des gestes, rire,faire des choses je me dis que tout ça n’a pas été vain et j’ai été fier de la voir vivre sans que je ne sois plus sa béquille, ce n’est pas encore parfait mais en la regardant je me rendais compte du temps passé à m’être mis en retrait, ces 4 années n’ont pas été faciles et pourtant aujourd’hui je ne voudrais pas qu’il en fût autrement, tout ce que j’ai perdu en plumes et en superbe je l’ai gagné en âme. Je ne devrais pas dire ça mais j’étais fier d’elle et fier de moi. C’est comme ça avec les gens que j’aime, mon rôle ce n’est surtout pas de leur dire qu’ils sont merveilleux car qui a envie d’entendre ça ? Ca ne veut rien dire, c’est presque comme parler de la pluie et du beau temps. Tout le monde est merveilleux car quand on sait toute la merde qu’il peut tomber et qui tombe sur la gueule de chacun on se dit qu’on mérite tous si ce n’est pas une médaille une bonne tape dans le dos. Je me souviens de cet homme avec j’ai été et qui me racontait que son amoureux précédent était un chieur qui l’avait laissé au bord du gouffre et quand un jour je lui ai fait un compliment mérité il m’a enjoint très sèchement dit de ne plus jamais le refaire et moi de mon côté je n’avais pas envie de le faire chier pour lui faire plaisir alors je ne suis jamais parvenu à l’aimer. On vit dans un monde où sans cesse on nous répète de façon insidieuse ou pas qu’on n’est jamais ce qu’il faudrait qu’on soit : jamais à la bonne place, jamais assez beau, jamais assez mince, jamais assez riche, jamais la bonne adresse, jamais la bonne origine, , jamais la personne qu’il faut. Je me souviens il y a 5 ans quand on pouvait encore fumer en club de ce type beau comme un dieu, pompier ou gendarme qui m’avait demandé du feu ce qui avait engagé la conversation au bout d’un moment il m’a désigné du menton un garçon sur le dance floor en me disant “C’est dommage, je suis déjà avec lui pour ce soir…je me suis renseigné, bonne famille, bonne dentition mais reviens la semaine prochaine” je n’avais rien demandé, il ne m’intéressait pas, je cherchais Arnaud pour rentrer car j’en avais marre et lui il m’a filé la gerbe, j’étais “Sa bonne famille, sa bonne dentition” pour la semaine suivante, il l’avait décrété comme une faveur qu’il faisait, comme s’il avait été un cadeau de Dieu offert à tous les pédés entrant dans ses critères, je ne suis plus jamais retourné dans ce club. Tout ça pour dire qu’aux gens que j’aime, je ne leur dis pas qu’ils sont merveilleux, je ne leur dis pas qu’ils ont les “critères”, j’espère juste réussir à leur dire qu’ils sont eux-mêmes, que c’est très bien comme et que ça ne saurait être mieux autrement parce que souvent on s’oublie soi-même et c’est important d’être rappelé à soi.
En arrivant chez moi en fin de journée l’épicier m’a invité à aller prendre un café avec lui au bar tabac, j’ai tout fait pour ne pas y aller mais il a insisté alors que je n’avais envie que de 2 choses : 1/ Chier et 2/ me foutre au lit avec mon bouquin. Il m’a parlé de son bail, de son fond de commerce, des prix du quartier d’habitude quand je fais quelque chose que je ne veux pas faire je n’écoute rien et je n’entends que ma voix qui me dit de me barrer très vite, souvent je le fais, parfois sans rien dire en me foutant de la bienséance avec le temps je deviens indigne. Là avec Hassen j’étais bien, j’étais content d’écouter quelqu’un qui ne me parlait pas du dernier Royksopp puis il s’est levé a été chercher une grille de Loto et m’a dit ” Ca me ferait plaisir que tu me remplisses une grille parce que tu es un garçon qui a de la chance” sur le coup j’ai voulu lui répondre “Mais comment ça ? Pas du tout !” et en repensant à ma discussion nocturne et matinale avec Serge, aux gens qui m’entourent je me suis dit qu’effectivement c’était vrai. Je me suis même rendu compte que je n’avais pas jeté aux orties toute convenance en me disant que s’il gagnait je ne lui demanderais pas ma part, ce serait indigne à un niveau que je n’ai pas atteint et que j’espère n’atteindrais jamais.
Je me suis occupé de moi, je me suis fait un masque capillaire en sélectionnant mes morceaux pour demain. Quand j’ai eu fini j’ai regardé mes mains et réalisé que mon masque avait également eu des vertus pour mes ongles :

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Je regarde le conduit de la cheminée en me disant que suite au dégât des eaux de cet hiver il serait peut-être temps de le repeindre puis ça m’a frappé, les marques laissées par l’eau infiltrée avaient fait un Cy Trombly sur mon mur

Des gars, des os

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Au revoir Simone – The Lucky One (slow club)

So let the sunshine
So let the sunshine
So let the sunshine let it come
To show us that tomorrow is eventual
We know it when the day is done

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